Oh mais non rien de grave y'a nos hématomes crochus qui nous sauvent

 Oh mais non rien de grave y'a nos hématomes crochus qui nous sauvent

# Posté le lundi 22 juin 2009 15:38

Modifié le mercredi 21 octobre 2009 16:26

I've tried in my way to be free.

I've tried in my way to be free.

La gamine regarde la nuit. Il fait froid, très froid, mais ces dents qui claquent et ces jambes qui tremblent ne la dérangent pas. Elle a le bout des doigts rose et les yeux gris. Le nez dans son écharpe, elle tient sur ses genoux un exemplaire de Cyrano de Bergerac ; c'est une vieille version abimée dont la couverture a pris l'eau. Il n'y a pas beaucoup d'étoiles, ce soir. La gamine se redresse et ouvre le livre. Elle les connaît si bien, ces lignes de Rostand, depuis que, contaminée par une prof de français passionnée, elle a lu et relu chaque scène un millier de fois. La page qui lui tombe sur les doigts a éteint la lumière. Elle plisse les yeux pour lire les premiers mots, mais il fait trop sombre alors elle appuie sa tête contre le mur, tourne son regard vers le ciel et murmure pour elle-même ces quelques vers illisibles. A quoi bon les déchiffrer, elle les sait par coeur. Je suis entre vos mains, ce papier est ma voix, cette encre est mon sang, cette lettre c'est moi. Croyez que tout mon corps ne transporte que fièvre, croyez que devers vous mon coeur ne fait qu'un cri, et que si les baisers s'envoyaient par écrit, Madame vous liriez ma lettre avec les lèvres. La gamine sourit. Elle se lève. Un souffle de vent ébouriffe ses cheveux. Elle demande l'heure a son portable, qui lui répond : trois heures cinquante-six. Soupir. Cyrano en poche et démarche vacillante, elle raccompagne ses insomnies jusqu'à sa chambre. Il fait toujours froid. Il n'y a toujours pas d'étoiles. Quatre heures, il faut dormir. La gamine se laisse tomber dans son lit d'enfant et abaisse le rideau de ses paupières. Elle se bat silencieusement contre un rêve qui vient quand même. Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès, non non c'est bien plus beau lorsque c'est inutile.

# Posté le dimanche 11 octobre 2009 17:42

Modifié le samedi 17 octobre 2009 15:06

Je suis amoureuse de Montmartre.Et d'un vagabond.

Je suis amoureuse de Montmartre.Et d'un vagabond.
D'abord il faut sortir, porte parisienne verte, du trente-quatre rue Ramey, celle qui croise les rues Custine, Clignancourt et Marcadet, si par hasard ça disait quelque chose à quelqu'un. Tu pourras prendre à droite où à gauche selon à quel point tu es pressé et à quel point tu es courageux, il faut savoir qu'à gauche c'est plus long mais il y a moins d'escaliers, et qu'à droite c'est plus court mais il ne faut pas être asthmatique, rapport au nombre de marches qui se dressent sur la route. L'avantage de la droite aussi (ne vois rien de politique là-dedans), c'est qu'on passe devant le Pacha, ce bar où on fume du narguilé (bordel qu'est-ce que ça sent bon), et devant le magasin clos des éditions Magellan – c'est un petit plaisir d'écrivailleuse, passer devant cette vitrine – et par la rue du Baigneur avec ses jolis graffitis sous-marins-muraux, et devant la pizzeria sympa tenue par trois arabes non moins sympa qui t'offrent un kir quand t'as plus de dix-huit ans et un jus d'orange quand t'es trop jeune. Mais des fois ils se trompent, parce que quand c'est moi qui vais chercher les pizzas maintenant, je repars avec un kir dans le sang si je puis dire, alors que j'ai pas encore tout à fait dix-huit ans et que j'ai pas franchement l'air de les avoir, rapport à mon mètre cinquante-six. Bon.

Ensuite ça commence à grimper. Montmartre c'est pas une butte pour rien, c'est le point culminant de la vie parisienne, donc pour y aller tu crapahutes, c'est inévitable à moins de savoir voler (et si tu es dans ce cas sache que t'envie). Attention, c'est pas non plus l'Everest, mais les Parisiens tu sais, dès que ça monte en peu ils en font une montagne, et pour cause. Donc tu montes. Si tu as pris à gauche – admettons que tu aies pris à gauche quand même, parce que malgré le Pacha, les Magellan et les kirs tu n'avais pas envie de monter trop de marches – tu dois vite tomber sur un escalier (oui il y en a quand même un ou deux), juste à côté d'un café qui sert un chocolat viennois dont je ne vanterai jamais assez les mérites. Cet escalier est un très bel escalier que bien des photographes ont capturé. Ensuite tu peux passer par n'importe où, tous les chemins mènent à la butte, mais je te conseille d'aller tout droit. Après avoir subi un second escalier, tu longeras le square de la Turlure, tu peux même passer à l'intérieur il est très agréable. Il y a des enfants qui jouent et des amoureux qui se tiennent la main, et depuis les bancs on voit le haut tout blanc du Sacré-Coeur. Avant d'aller visiter le monument, fais un petit tour, il y a autrement plus intéressant, si tu te promènes sans rien chercher tu trouveras l'Art. Parce que Montmartre, c'est la cité de l'Art.

Sur une petite place tu verras le Passe-Muraille, sorti de son roman et devenu sculpture. Tu pourras admirer le buste de Dalida, des graffitis de Miss.Tic ou de quelconques artistes anonymes, tu prendras cette ruelle de conte de fées qui serpente entre des maisons, de celles qu'on voit rarement à Paris. Si tu t'es débrouillée pour faire cette excursion un week-end, tu rencontreras des hommes-statues, ceux qui sont maquillés de partout et qui restent immobiles des heures, et qui te font un clin d'½il quand tu leur donne une pièce. Tu verras aussi des clowns, des accordéonistes, des jongleurs, des magiciens, tu croiseras des visages de tous les pays, tu entendras des voix du monde entier. Ah et bien sûr, n'oublie pas de passer Place du Tertre, cette placette qui déborde de peintres avec leurs chevalets et leurs toiles exposées. Il y a ceux qui vendent des esquisses de la Tour Eiffel, ceux qui croquent ton portrait en dix minutes montre en main pour te le vendre, ceux qui caricaturent le monde, ceux qui peignent leurs souvenirs, et y'a ce vieux noir avec qui je discute une heure à chaque fois et qu'a un sourire à illuminer la nuit. Place du Tertre, souviens-toi. En quittant la place tu pourras aller boire un verre à ce café rouge au milieu duquel trône un piano à queue, et quand t'as de la chance il y a un pianiste qui joue des rêves. Bon, après tu peux aller vers le Sacré-Coeur.

Le Sacré-Coeur il faut le voir quand y'a du soleil, ça brille de partout, c'est magnifique, et tu vois tout Paris alors tu te sens le roi du monde. La Tour Eiffel – puisque je sais que c'est la première chose que tu vas chercher – il faut s'écarter un peu du parvis pour la voir, vers la droite. Bref en face du Sacré-Coeur (visite-le si tu veux, moi ce n'est pas ça qui m'intéresse et puis je l'ai vu mille fois), il y a des marches qui descendent et des pelouses sur lesquelles sont assis des gens de toutes les sortes. Bon tu croiseras beaucoup de types qui essaieront avec plus ou moins d'insistance de te vendre une carte postale, un singe en peluche qui chante la marseillaise ou une ceinture Dolce et Gabanna de contrefaçon, mais contente-toi de leur dire non et tant qu'à y être offre-leur un sourire, ils n'en reçoivent pas souvent. Oh, aussi ce qu'il ne faut pas manquer, c'est les spectacles du Samedi soir. Il n'y en a pas toute les semaines, et des fois ils tombent un Dimanche ou un Vendredi, mais ça vaut le coup d'aller jeter un oeil tous les soirs au cas où. Les spectacles du Samedi soir, c'est des types qui jonglent avec des bâtons enflammés, ou des cracheurs de feu, ou les deux ça dépend des fois. Ils ne préviennent jamais quand ils vont venir, ils arrivent et font leur représentation, et tout le monde est fasciné par les cercles de flammes qu'ils tracent dans la nuit parisienne.

Forcément si tu es une fille, tu te feras draguer, mais c'est une habitude à prendre – sérieusement. Oh et si tu aimes Jean-Pierre Jeunet, passe rue Lepic ! Tu verras sans doute le café des Deux Moulins, où travaillait Amélie Poulain, ainsi que l'épicerie où elle faisait ses courses dans le film. En redescendant, si tu as un aussi bon sens de l'orientation que moi, tu risques de te perdre et de tomber vers Pigalle. Je sais ce qu'inspire ce nom, mais c'est un quartier vraiment sympa. Il y a des rues tapissées de magasins de musique. Ensuite ben, si tu te sens de rentrer à pieds rue Ramey, vas-y. Je ne m'y risque jamais, et préfère prendre lâchement le métro pour ressortir à Château Rouge entre les longues robes pleines de soleil des africaines qui vendent du maïs grillé. De là, je sais rentrer au trente-quatre, rue Ramey, en passant, rue Marcadet, devant le Vidéo Futur et la crèche de ma petite soeur.

Et tout ça, ça fait le Paradis.

# Posté le jeudi 10 septembre 2009 17:10

Modifié le samedi 19 septembre 2009 17:41

Le reste on en reparlera. Sao a vu la Rue Kétanou, Sao a vu Debout sur le Zinc, Sao a vu Clarika, Sao a vu Mademoiselle K, Sao a vu la Grande Sophie, Sao a vu Emily Loizeau, Sao a vu Stuck in the Sound, Sao n'a pas pu prendre une seule photo, Sao a grave les boules.

Le reste on en reparlera. Sao a vu la Rue Kétanou, Sao a vu Debout sur le Zinc, Sao a vu Clarika, Sao a vu Mademoiselle K, Sao a vu la Grande Sophie, Sao a vu Emily Loizeau, Sao a vu Stuck in the Sound, Sao n'a pas pu prendre une seule photo, Sao a grave les boules.
On partait à environ quatorze heures sous le bienveillant sourire parental. On arpentait le quartier dans tous les sens, on se cachait derrière un arbre, on se tapait dessus, on consolait ceux qui s'étaient fait mal, on essayait de se lancer dans le marché du parfum en mettant des pétales dans de l'eau, et on parlait affaires pendant que ça reposait. On arrachait sans merci les fleurs des voisins, et on vendait des bouquets aux propriétaires des jardins ainsi pillés, on jouait à chat perché (un, deux, trois, maison brûlée), on faisait du vélo pour le pur plaisir de se casser la gueule, on goûtait chez les uns ou chez les autres selon l'endroit où se trouvait le chocolat, on faisait peur aux chats, on noyait les fourmis, on jouait – comme tout le monde l'a fait un jour – à être grands. On faisait des bébés en s'embrassant sur la joue, on cuisinait de la boue à l'herbe dans des tuiles, on était amoureux, on allait travailler en courant et en faisant vroum avec les lèvres, on s'appellait Tristan, Gaël, Carla, Ophélie, Julie, Alexandre, Lucie, on avait entre cinq et douze ans, on se déplaçait en bande. Le soir, on rentrait, souvent une heure après notre couvre-feu, se faire engueuler par nos mères parce qu'on avait sali nos habits.

Et, si je me souviens bien, on était heureux.


# Posté le mardi 11 août 2009 05:05

Vivement le 5 Mars prochain !

Vivement le 5 Mars prochain !

# Posté le mardi 11 août 2009 04:47